sur le film

retours / feedbacks



Arenberg Cinema / Ecran total / Juli 2010

Hoe pijnlijk de autopsie op film van het eigen familieverleden of de familiale erfenis kan zijn, wordt perfect geïllustreerd in Le Bateau du père. Cineaste Clémence Hébert keert terug naar haar geboortestad Cherbourg voor zowel een soort rouwproces als een portret van haar verdwenen vader, een fotograaf met alcoholproblemen die omkwam bij een brand.

Als een archeologe gaat ze er aan het werk, vertrekkend van enkele foto’s, een paar aan haar gerichte brieven vol wanhoop van haar vader en videobanden met familiale taferelen. Het is het sleutelmateriaal waarmee ze naar haar moeder trekt, haar broer, tweelingzus en oma. Om te peilen naar hun herinneringen, gevoelens en de donkere familiegeheimen. En om de stiltes te laten spreken. Dat Hébert er tegelijk in slaagt om elke vorm van exhibitionisme of voyeurisme te mijden, maakt deel uit van het mirakel van deze documentaire verlossingsfilm.

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« I’ve watched The Father’s Boat and it is raw, haunting, elliptical, and very moving. »

Nam Le
Author of The boat, more

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RTBF radio / Culture club du 5 juillet 2010 / émission sur l’Ecran Total 2010 – Podcastez ici

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23 mai 2010 – Blog de La Libre essentielle / Livres, CD & DVD
DVD : Le bateau du père
par Sémir Badir

Cherbourg. Une jeune femme occupe une chambre d’hôtel près de la gare. Dehors il pleut encore, mais les parapluies semblent loin. Que vient-elle faire dans cette ville portuaire ? Sur les images de son arrivée, elle annonce : « Pendant longtemps j’ai cru que tout ce qu’il fallait faire dans la vie, c’était fuir. Fuir toutes ces histoires de famille qui n’en finissaient pas. Mais combien de temps peut-on faire semblant d’oublier ? ». Le Bateau du père marque le temps du retour et de la remémoration. Clémence Hébert, la réalisatrice du film et son personnage principal, tente de rassembler les liens dispersés de son histoire familiale, partie en déliquescence après la mort du père, alcoolique et dépressif.
Comme dans le dernier film d’Alain Cavalier, Irène, auquel on songe souvent, il s’agit d’accomplir un deuil, et l’on sait les délais parfois nécessaires avant que l’on s’y résolve. Clémence Hébert y va à tâtons mais résolue. Elle visionne des films de famille, elle relit des lettres, elle visite les lieux de son enfance. Chacun à leur tour, mère, sœur, frère, tante et grand-mère, demi-frère sont convoqués dans les chambres funéraires du film afin de rappeler le disparu ; ensemble ils mettent des mots sur sa disparition.
Dans cette démarche qui noue étroitement un projet de cinéma avec un travail de redéfinition des rapports familiaux, Clémence Hébert fait preuve d’un entêtement très doux qui donne au documentaire son ton de délicatesse assumée, telle une rose de jardin.

Le bateau du père, de Clémence Hébert. Un DVD du Centre Vidéo de Bruxelles.

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31 mars 2010 – dans la newsletter du magazine Mouvement – Vues directes sur le vaste monde - Compte rendu sur le festival Cinéma du réel au Centre Pompidou par Jérôme Provençal

De la 32e édition du festival Cinéma du réel, qui s’est tenue à Paris du 18 au 30 mars, reste en mémoire un joli nombre de films attestant la vivacité et la diversité de la chose documentaire. Du film de famille au document musical, en passant par le pamphlet, le spectre est aussi large que l’horizon ouvert pour le spectateur.
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De cette section (Premiers Films), l’on retiendra en particulier Ici-bas (2010), de Comes Chahbazian, document brut – mais nullement brutal – sur la vie quotidienne à Erevan, et Le bateau du père (2009), de Clémence Hébert, film avec lequel la (jeune) cinéaste entreprend de sonder l’histoire familiale à travers la figure centrale du père disparu. Non dénué de maladresses, le film procède toutefois d’une stimulante volonté de recherche, à la fois (auto)biographique et filmique.
Lire l’article :www.mouvement.net

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10 mars 2010 – Drame de famille par Philippe Simon

Un projet. Revenir sur les lieux de son enfance, revenir sur les lieux d’un drame familial qui touche au plus profond. Refaire l’épreuve d’un passé douloureux en y confrontant ceux pour qui la mémoire reste comme une plaie vive. Puis, en un lent mouvement d’apaisement, tenter d’en faire le récit, sorte d’exorcisme en quête de rédemption, où ce qui restait incompréhensible s’éclaire progressivement comme se révèlent les secrets et les non-dits d’une émotion trop grande.
Le film documentaire de Clémence Hébert, Le bateau du père, tient tout entier dans cette proposition qui conjugue épreuve et exorcisme.
Emportant avec elle des lettres, des photos, des diapositives, des films vhs, ces traces d’un passé révolu, Clémence Hébert retourne à Cherbourg, ville de son enfance pour y louer une petite chambre d’hôtel. Là, avec une extrême rigueur et beaucoup de douceur, elle tente de comprendre ce qui lui est arrivé, à elle mais aussi à sa sœur, son frère, sa mère pendant la longue descente aux enfers de son père et sa tragique conclusion.
Son histoire est terrible, et rappelle ce qu’il y a de douleurs, de souffrances, de silences derrière l’anecdotique d’un fait-divers se résumant à quelques lignes dans un journal. Pourtant, l’intérêt du Bateau du père dépasse les nombreuses implications, questions, révélations de l’histoire de Clémence Hébert, parce que celle-ci est avant tout une « filmeuse » et que, pour elle, le cinéma est l’instant du vivant.
À voir son film, on a l’impression qu’elle est née avec une caméra dans les mains, et qu’elle possède dans ses bagages la mémoire filmée de tous les jours de sa vie. Ainsi, dès son retour à Cherbourg, elle filme tout ce qui lui arrive et construit son film dans ce présent qu’elle interroge. Elle filme sa chambre d’hôtel et son coup de téléphone à sa mère pour dire que son film est commencé, elle filme la maison où elle passait des vacances enfant et aujourd’hui abandonnée, elle filme ses errances dans les rues de Cherbourg et, surtout, elle mélange à ces images des images du passé, comme cette même maison au bord de la mer où une famille apparemment heureuse passait ses vacances.
Très vite, elle transforme sa chambre d’hôtel en un théâtre des profondeurs où, parmi les images éparses de son passé, elle convoque souvenirs et membres de sa famille pour y chercher une parole commune qu’elle voudrait définitive. Ainsi, sa sœur vient la rejoindre. Elle la filme lisant une lettre de son père jusqu’aux larmes et l’histoire prend corps, devient récit, s’impose.
Archéologie d’un drame, son film est une longue rédemption où le cinéma joue le rôle de révélateur, l’acte de filmer créant des situations nouvelles, produisant au plus fort du réel.
On peut éprouver un certain malaise à être confronté à ces vies difficiles, torturées, gâchées. On peut ne pas souscrire à cette quête impudique faite pourtant avec beaucoup de pudeur, mais il est difficile d’échapper à cette mise en vie par le cinéma que nous propose Clémence Hébert. Il y a, dans l’aventure qu’elle nous fait partager, une façon d’expérimenter ce qui nous relie et qui, quelles que soient nos réserves, suscite l’adhésion.
Webzine n°147- www.cinergie.be

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9 mars 2010 par Yann Lardeau

Le Bateau du père commence par un échange de caméra entre le père et la mère de la réalisatrice pour filmer les enfants en train de batifoler dans la cour de la maison familiale, instant figé, pour l’éternité, de jeu et de joie, de complicité et d’insouciance. Quand Clémence Hébert revient, vingt ans après, sur les pas du père, littéralement, la maison si solide, si protectrice, si enveloppante, n’est plus qu’une ruine, le jardin, une jachère. De l’homme souriant à sa femme, un enfant dans les bras, il ne reste plus que des lettres désespérées à sa fille, les souvenirs de ses colères, un article de presse relatant sa mort dans l’incendie de son appartement, une urne de cendres déversée dans la mer. Aux images délavées du début fait écho une photographie granuleuse où toute la famille, enfants et petits-enfants sont réunis autour du grand-père : la scène primitive. Le non-dit dans lequel se mire l’unité familiale provoque sa désagrégation, la condamne à l’implosion. À l’inverse de la puissance destructrice des images du père, le film de Clémence Hébert exerce sur sa famille une force centripète vivifiante. Aux antipodes de la massive maison paternelle, la chambre d’hôtel miteuse dont la réalisatrice a fait son quartier général à Cherbourg, sa Black Mary, attire à elle, irrésistiblement, tous ses proches, de la mère au frère, de la soeur jumelle à la grand-mère… Enfin, le jour peut se lever.
cinereel.org

The Father’s Boat begins with the filmmaker’s father hands over the camera to her mother to film the children romping around in the yard of the family home. Twenty years later, when Clémence Hébert quite literally retraces her father’s footsteps, the house that was once so solid, protective and cocooning is no more than a ruin, the garden overgrown. There is nothing left of the man smiling to his wife, a child in his arms, save the desperate letters to his daughter, memories of his angry outbursts, a newspaper article relating his death in a fire in his flat, an urn of ashes scattered into the sea. The faded images at the beginning of the film echo a grainy photo in which the whole family, children and grandchildren, gather round the grandfather: a primitive scene. The unspoken words that send back a mirror image of family unity are what cause its disaggregation and condemns it to implosion. (Yann Lardeau) href= »http://www.cinemadureel.org/article3999.html »>www.cinemareel.org

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20 février 2010 – Le bateau du père par Olivier Smolders

Esquissant en creux le portrait de son père disparu, portant à bout de caméra un lent travail de deuil, se retournant enfin sur une histoire familiale lourde de secrets, la réalisatrice du
bateau du père n’a, c’est le moins qu’on puisse dire, pas eu froid aux yeux. Sa manière de filmer les membres de sa famille, de les écouter parler et se taire, de respecter toujours leur propre rythme, en dit long à la fois sur son évidente bienveillance et sur sa ténacité à aller jusqu’au bout des choses, des sentiments, des non-dits.
La lecture de lettres du père absent et des films de famille qu’il avait tournés en vidéo, dialoguent avec une enquête au présent, à Cherbourg, sur les traces de ce passé douloureux. On devine les écueils possibles de ce genre d’entreprise. Comment cette histoire singulière peut-elle être porteuse d’une certaine universalité? Comment dire des “secrets de famille” sans risquer l’exhibition? Et quelle place sera dévolue au spectateur dans cette mise en forme de l’intime?
Le bateau du père contourne ces difficultés de différentes façons. D’abord en ne mettant pas systématiquement au premier plan la blessure du père. Ses lettres nous le font au contraire découvrir comme infiniment plus riche que ce que l’anecdote de sa vie, prisonnière de l’alcool et de la dépression, aurait pu nous faire croire. Même si elle a des accents parfois désespérés, sa parole étonne, déplie le film, lui donne à plusieurs reprises des ailes.
A partir de là, les relations entre les différents témoins gagnent en épaisseur, en possibilité de partage, de mise à distance. Les secrets de famille, aussi durs soient-ils, ne sont révélés que progressivement au spectateur, sans jamais chercher l’effet dramatique. Passant finalement au second plan, ils laissent l’avant de la scène à un subtil travail de reconstruction du tissu familial. Opérant une réhabilitation collective du père, par le biais d’un apaisement des inévitables sentiments de culpabilité individuels, le film invite donc peu à peu le spectateur à être le témoin de ce travail de reconstruction. Bientôt, celui-ci se demande si, dans sa propre histoire – toutes les familles sont hantées par des secrets et des blessures -, il serait capable de faire ainsi circuler une parole réparatrice. A cet égard, Le bateau du père, fait figure de modèle car il est une leçon de parole. Et si cette prise de parole peut paraître exemplaire, c’est parce qu’elle est saisie dans une forme – une mise en image très personnelle, un montage inventif, une bande sonore travaillée – qui la grandit, la rend porteuse d’une humanité qui dépasse, et de beaucoup, les anecdotes. On est loin du déballage obscène que les télévisions nous infligent sous prétexte de témoignage, en réalité à seule fin d’exploiter à des fins mercantiles la naïveté des témoins et le voyeurisme des téléspectateurs. D’ailleurs, il m’étonnerait – je forme le vœu de me tromper – que Le bateau du père trouve facilement place dans les programmes des chaînes généralistes. Ce film là est d’une autre trempe. Son propos comme sa mise en en scène du réel forcent plus le silence et le retour sur soi que le divertissement ou l’embarras qu’engendre généralement le spectacle de la difficulté à vivre des autres.
Extrait du livret de l’édition dvd - www.cvb-videp.be

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Viernes, diciembre 25, 2009 – Bélgica cinematografica par Marcelo Vinces

Living in Belgium has afforded me the opportunity to catch some of the fine cinema Belgium is known for, which I might otherwise have missed in the US. Independent cinema flourishes, in part I think from generous government funding, but also for a hightened appreciation here for small cinema of good quality. (…)
Not too long before, I saw the Belgian premiere of Clémence Hébert’s Le bateau du père (The Boat of the Father, in English). The film documents the director’s return to her native Cherbourg, in the north of France, to retrieve what she can of the memories of her father, recently deceased in a fire. Though a film, the work incorporates multiple media, employing old footage by the filmmaker’s father, old family photos and slides, and most importantly, letters written by her father, through which we hear the innermost thoughts of a tortured soul in his last years before his death. The title, taken from the filmmaker’s grandfather’s book of poetry of the same name (Le Bateau Du Père, by Pierre Godefroy) is apt, for through the letters and old footage interwoven with contemporary interviews of her family, of the old home, and the coastal city of Cherbourg, we see this is a story of a man’s life as it deteriorates, like a ship slowly sinking at sea. The film is a young woman’s attempt at picking through the pieces of such a shipwreck. www.esteserhumano.blogspot.com

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October 24, 2009 by lexidisques

(…) Last week, I finally saw the documentary from Clémence Hébert, Le bateau du père: Hardcore and highly recommended.

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23 août 2009 – Texte de Michel Besnier

Ce n’est pas seulement parce que j’ai connu Patrick Hébert et son frère qu’il m’est impossible de parler du bateau du père en termes de cinéma. Ce que pourtant il faudrait faire. Très vite, j’ai oublié que je regardais un film, pour entrer dans une émotion pure.

Comme la lecture en offre parfois quand on oublie le livre.

Comme la musique quand elle élève loin des corps et des instruments qui la produisent.

Comment une jeune femme peut-elle se rapprocher d’un père, mort dans l’incendie de son appartement ?

Quelques lignes, un fait divers dans La Presse de la Manche.
Le tragique de cette mort vient, plus que de la circonstance, de la vie qui l’a précédée. Patrick Hébert ne s’est pas suicidé, mais tous ceux qui le connaissaient ont envisagé l’hypothèse et pensé qu’il s’était suicidé avant. Avec ces armes lentes que sont l’alcool, la solitude, la lucidité. Il essayait de les cacher, de les enfermer dans un placard qu’il rouvrait toujours, avec un sentiment d’impuissance, de désespoir.

Comment comprendre la souffrance de son père ? Comment comprendre qu’il ait fait souffrir, lui qui pouvait être si sensible, si tendre ? Comment assimiler son sentiment de culpabilité quand on est parti, quand on a fui, déserté, parce qu’on avait besoin de se construire et de vivre, de s’éloigner de ces forces de mort ? Le drame de la vie est la non concordance des temps. Un père nous empêche de l’aider tellement il se rend odieux. Quand on a acquis la force de le faire, il n’est plus là.

Si ces questions sont universelles et liées à l’humaine condition, elles sont, pour Clémence Hébert, ancrées à Cherbourg. La ville même et quelques lieux proches Goury et Cosqueville, le berceau. Une partie de la réponse est peut-être là, dans cette petite maison, dans cette origine sociale, ce milieu de pêcheurs où on ne fait pas de vieux os. Ce n’est pas uniquement dans les romans de Giono que des familles sont marquées par le destin. Mais le destin n’est pas une force extérieure. C’est un obscur mécanisme de transmission, d’imitation, de fidélité masochiste, de reproduction. Pour grandir, devenir adulte, faire une vie différente, pas d’autre solution que de couper la chaîne. Cela peut prendre du temps, on peut y user plusieurs limes, mais la libération est à ce prix.

On voit peu la ville. Seulement ce qui symbolise la vie de Patrick, la mer et les rues d’errance. Seulement ce qu’on voit dans et depuis une chambre d’hôtel, en face de la gare, quand ce qu’on cherche est autant en soi que dehors.

Il fallait aussi écouter les témoins les plus proches, la grand-mère, la tante, la mère, la sœur, le frère. Tous sont impressionnants de dignité. Economes de paroles, ils montrent le plus grand respect, démunis devant le mystère d’un être qu’ils ont douloureusement aimé. A la fin intervient le demi-frère. Il fait partie de la famille mais n’a pas avec Patrick ces liens du sang que Paul Eluard, défendant Violette Nozière, compare à un affreux nœud de serpents. Cette demi distance lui permet de formuler le sens de la démarche : l’important n’était pas de trouver mais de chercher. Reste un bloc de granit, non cassable, l’incompréhensible souffrance d’un homme dont la vie et les écrits me font penser aux poètes qui ont su dire le plus dur de l’existence, notamment un autre ami perdu, Alain Morin :

« Je n’ai plus de monde à souhaiter
que le bleu du cerveau
emprisonné dans la boîte crânienne.
Ici l’Univers est malade
et chacun en a pris sa part.»

Le « travail » de Clémence Hébert, œuvre de réappropriation du père, des siens, d’une ville et de soi, ne peut que bouleverser par son enjeu, sa gravité maîtrisée. Il fait accéder à plus d’humanité, secrète une sourde énergie, celle du vouloir vivre malgré tout, après tout, avant tout. Ce n’est pas du cinéma. Et il faut beaucoup d’art pour faire oublier l’art.
Texte du livret de l’édition dvdwww.cvb-videp.be

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